Studio Balançoire
← Journal

Open House — N° 03

Une histoire visuelle de l’architecture d’intérieur

Par Amitta Sathitsamphan — Studio Balançoire
17 octobre 2026

Il y a une idée qui me trotte dans la tête depuis quelque temps. Les plus beaux intérieurs que je connaisse donnent tous l’impression de n’avoir pu exister nulle part ailleurs. (Dit comme ça, ça semble évident. Beaucoup moins quand on se retrouve au milieu d’une pièce beige qui pourrait être absolument partout.)

Intérieur de la maison de Kunio Maekawa à Tokyo, entre architecture en bois, lumière naturelle et modernisme japonais
House of Kunio Maekawa, Tokyo

La maison de Kunio Maekawa à Tokyo possède exactement cette qualité que j’aime : elle est profondément moderne sans jamais sembler détachée du lieu auquel elle appartient.

Ce qui rend un intérieur intéressant, à mes yeux, c’est sa façon de prendre appui sur le lieu où il se trouve. À Kyoto, cela peut passer par les proportions et l’atmosphère des anciennes maisons machiya. À Berlin, par un clin d’œil discret au Bauhaus. Au Cap, par des courbes et des lignes franches héritées de l’Art déco local.

À New York, un mur composé de milliers de journaux empilés et reliés transforme même la lecture matinale du quartier en matière architecturale. (Je crois que je vais penser à ça pendant des semaines.)

Mon exemple préféré se trouve à Tokyo. Un designer a découvert une maison abandonnée, en a récupéré les vieilles planches et les poutres, puis les a utilisées pour créer une nouvelle pièce. Quelque chose de brut, simple et chaleureux.

Ça, ce n’est pas de la décoration. C’est une pièce qui a une mémoire.

C’est exactement ce que je veux dire quand je parle du langage d’un lieu. L’architecture prend la parole en premier. Les meilleurs intérieurs ne cherchent ni à couvrir sa voix, ni à faire comme si elle n’existait pas. Ils lui répondent, avec l’accent du lieu, en utilisant ce qu’il possède déjà : ses matières, son histoire, ses habitudes.

Votre maison n’est pas un showroom. (La mienne, certainement pas.) Mais cette idée fonctionne tout aussi bien chez soi. Avant d’acheter quoi que ce soit, commencez par écouter ce que la pièce a déjà à dire. Regardez la lumière. Les proportions. Les endroits un peu étranges. Ce qui est déjà beau sans faire le moindre effort. Puis faites entrer des objets capables de lui répondre — si possible quelques-uns qui ont déjà une histoire.

Au fond, une histoire visuelle des intérieurs, c’est peut-être simplement une très longue conversation entre les bâtiments et ceux qui ont eu suffisamment de curiosité pour les écouter.