Studio Balançoire
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OPEN HOUSE — N° 04

Ce qu’il faut préserver dans un bâtiment ancien

Par Amitta Sathitsamphan — Studio Balançoire
25 octobre 2026

Aujourd’hui, j’ai envie de parler des vieux bâtiments. Ceux qui sont là depuis suffisamment longtemps pour avoir largement gagné le droit qu’on les écoute un peu. Voilà ce qu’on ne dit pas assez : un bâtiment ancien n’est jamais vide. Même lorsqu’il n’y a plus un seul meuble, il est déjà plein de choses. Des plafonds hauts pour une raison, des fenêtres placées de façon à attraper la lumière à une certaine heure, un escalier creusé au milieu par des milliers de pas. Quelqu’un a pensé à tout cela il y a très longtemps, puis le temps est venu ajouter ses propres corrections : une fissure, une couleur qui s’efface, un encadrement de porte qui penche légèrement. Ce ne sont pas forcément des défauts. C’est l’écriture du bâtiment.

Intérieur historique de Numeroventi à Florence avec fresques préservées, enduits patinés et mobilier contemporain
Numeroventi, Florence, Italy — Photographie : Marina Denisova

Prenez Numeroventi, à Florence. Des années de vie se sont accumulées dans ce palais, et les fresques anciennes continuent de flotter sur les murs et les plafonds. Les volumes sont immenses, les fenêtres généreuses, la lumière entre comme si elle avait été invitée. Le réflexe le plus facile aurait été de tout décaper et de repartir de zéro. À la place, les murs ont gardé leurs traces, les enduits leurs irrégularités, les fresques leur lente disparition. Rien n’essaie de paraître neuf, encore moins parfait. Et c’est précisément ce qui me touche : ici, les imperfections ne sont pas le problème. Elles font partie de l’histoire.

Alors, que garder chez soi, quand on vit dans un endroit sans fresques Renaissance ni plafonds de cinq mètres ? Ma règle est assez simple : garder tout ce qui raconte quelque chose de vrai sur le lieu. Un parquet usé, une moulure, une poutre, des carreaux anciens, une cheminée, cette porte qui a visiblement une opinion très personnelle sur la manière dont elle devrait fermer. On répare ce qui est réellement en train de se dégrader — l’humidité, la structure, tout ce qui peut mettre le bâtiment en danger — mais il ne faut pas confondre les dégâts avec la patine. Les premiers demandent une intervention. La seconde demande parfois simplement qu’on la laisse tranquille.

Il y a aussi les volumes, qu’on oublie souvent. Un plafond haut, une fenêtre profonde, un couloir généreux : c’est déjà toute la grandeur du lieu, et elle ne demande presque rien en retour. Inutile de la rabaisser, de la bloquer ou de remplir l’espace par peur du vide. Et lorsque la lumière naturelle disparaît, je préfère un éclairage doux et bas : une ou deux lampes, peut-être une applique qui effleure un vieux mur et fait apparaître chaque relief, chaque fissure, chaque coup de pinceau.

Puis vient la partie amusante : faire entrer le nouveau. Face à toute cette histoire, j’aime qu’il reste assez discret, presque timide. Une palette douce de blancs cassés, de gris pâles et de tons terre laisse les murs anciens prendre la parole et donne à la pièce quelque chose de calme, presque monacal. La couleur a évidemment sa place, mais je la préfère un peu assourdie : une terre cuite passée, un vert poussiéreux, un bleu qui semble être là depuis toujours.

Ensuite, quelques pièces, mais pas trop. Un meuble vintage du milieu du siècle, un parquet en chêne neuf là où il faut vraiment remplacer l’ancien, une pièce réalisée sur mesure par un artisan contemporain — idéalement quelqu’un du coin, pour faire entrer un peu du quartier dans la maison. Et lorsqu’une intervention résolument moderne est nécessaire, une mezzanine ou une nouvelle cloison par exemple, je préfère qu’elle assume son époque. Les meilleures additions ne cherchent pas à se faire passer pour anciennes. Elles viennent simplement se placer à côté, poliment. Et parfois, c’est justement leur présence qui nous fait mieux voir ce qui était déjà là.

Voilà donc mon plaidoyer pour laisser certaines choses tranquilles. Garder la fissure. Garder le grincement. Et inviter le nouveau à entrer doucement. Un intérieur comme celui-là n’a pas besoin de se faire remarquer. Il donne simplement l’impression d’avoir été habité depuis très longtemps — et, pour moi, c’est à peu près le plus beau compliment qu’on puisse lui faire.